Donald Trump pourrait-il remplir un troisième mandat ?
La Constitution américaine interdit de faire plus de deux mandats. Mais il n'en a pas toujours été ainsi et le président actuel n'est pas le premier à souhaiter se maintenir au pouvoir plus longtemps.

- Publié le 02-04-2025 à 06h33
- Mis à jour le 02-04-2025 à 10h56

Donald Trump pourrait-il briguer un troisième mandat ? La question semble farfelue alors que le Président est à peine de retour à la Maison-Blanche et que rien ne permet évidemment de dire, à ce stade, s'il se trouvera encore dans trois ou quatre ans une majorité d'Américains pour éventuellement souhaiter son maintien au pouvoir. La supposition paraît d'autant plus saugrenue que la Constitution interdit expressément d'exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non. Et pourtant Trump en évoque régulièrement la possibilité, arguant qu'il existerait des moyens d'y parvenir.
Quand George Washington est devenu le premier président des États-Unis en 1789, la Constitution, adoptée deux ans plus tôt, ne disait rien du nombre de mandats, et il en serait ainsi jusqu'en 1947. Certains des pères fondateurs, comme James Madison et Alexander Hamilton, étaient favorables à une présidence à vie. Pour d'autres, cela aurait par trop ressemblé à une monarchie élective. Or les révolutionnaires avaient voulu s'émanciper d'une couronne britannique perçue comme tyrannique. C'est le cours des choses qui, finalement, établit la pratique. À 64 ans, épuisé et surtout las des querelles politiques, Washington renonça en 1796 à briguer un troisième mandat. Bien lui en prit : il ne lui restait que trois années à vivre.
Les successeurs s'en tinrent à l'usage ainsi instauré. Les Jefferson, Madison, Monroe, Jackson ne remplirent que deux mandats, quand les Adams père et fils, et tant d'autres après eux, n'en firent qu'un seul. Cela ne signifie pas que certains ne montrèrent pas un appétit du pouvoir plus vorace. Héros de la guerre de Sécession, le général Ulysses Grant caressa l'ambition d'un troisième mandat en 1876. Une impopularité grandissante l'en détourna, sans pour autant le dissuader d'y songer à nouveau quatre ans plus tard : l'investiture du Parti républicain lui échappa de peu, au profit de James Garfield, qui serait élu. Au siècle suivant, tant le Républicain Theodore Roosevelt que le Démocrate Woodrow Wilson (celui-ci en dépit des séquelles d'un AVC) se bercèrent d'illusions comparables, vainement.
Le cas, resté unique, de Franklin D. Roosevelt
Élu en 1932, triomphalement réélu en 1936 (61 % des voix contre 36,5 % pour Alf Landon et 532 grands électeurs contre 8 pour le gouverneur du Kansas), Franklin D. Roosevelt, auréolé de sa réussite pour sortir le pays de la Grande Dépression, invoqua la guerre en Europe, qui allait bientôt happer l'Amérique, pour justifier un troisième mandat. Quelque 55 % des électeurs lui donnèrent raison à la présidentielle de 1940. Ils seraient encore 53 % à voir en lui l'homme providentiel en novembre 1944, mais FDR devait mourir quelques mois plus tard, laissant la place à Harry Truman.
Humiliés lors de ces deux derniers scrutins, les Républicains n'eurent de cesse de mettre fin à la possibilité d'une "présidence illimitée". Leur victoire aux législatives de mi-mandat, en 1946, leur offrit l'occasion d'amender la Constitution : le XXIIe Amendement, adopté en 1947 et entré en vigueur en 1951 (le temps que les États le ratifient) interdirait désormais d'effectuer plus de deux mandats. Plusieurs dizaines de Démocrates, à la Chambre et au Sénat, votèrent avec les Républicains. Ce qui n'empêcha pas Truman d'estimer qu'il s'agissait là du pire amendement depuis le XVIIIe, qui instaura la Prohibition en 1920.
Une procédure longue et compliquée
Des tentatives furent très vite menées pour abolir ce texte, critiqué dans les deux grands partis par des personnalités aussi opposées que Ronald Reagan et Bill Clinton. La procédure est néanmoins longue et compliquée. Il faut d'abord réunir une majorité des deux tiers à la Chambre et au Sénat, ensuite faire approuver le texte par les trois quarts des cinquante États. Un seul amendement a jusqu'ici été abrogé : le XVIIIe…
Une manière de contourner l'obstacle serait, selon certains, d'opter pour un scénario "à la Poutine-Medvedev" dans lequel deux comparses échangent les rôles : après deux mandats, le Président (en l'occurrence Donald Trump) se ferait élire vice-président et succéderait ensuite au président élu qui démissionnerait. Toutefois, un autre amendement, le XIIe, paraît exclure une telle possibilité en disposant qu'une personne inéligible à la présidence ne saurait être élue à la vice-présidence.
Pour Donald Trump, la voie paraît bouchée
Si l'interprétation de cet amendement fait débat, il y a d'autres éléments à prendre en considération dans le cas particulier de Donald Trump. D'une part, en 2028, ce dernier aura 82 ans et la candidature malheureuse de Joe Biden a montré que l'âge pouvait être un obstacle insurmontable. D'autre part, on imagine mal des Démocrates voter une réforme constitutionnelle qui profiterait à Donald Trump, une perspective qui ne séduit sans doute pas davantage tous les Républicains. Les majorités requises ne sont donc pas réunies, les Démocrates contrôlant par ailleurs les Assemblées législatives dans dix-huit États sur cinquante, plus que les treize nécessaires pour bloquer une ratification.
À plus long terme, la réflexion sur les avantages et les inconvénients du système actuel est sans doute relancée. Il peut être regrettable de limiter à deux mandats la contribution d'une personnalité politique exceptionnelle et le risque, en cours de second mandat, est d'avoir un "canard boiteux" à la Maison-Blanche. Inversement, le danger est de garder trop longtemps en place un président usé par le pouvoir et guetté par les dérives autoritaires. Être enfin libéré de toute pression électorale permet aussi au président en fin de mandat de prendre, quand il le peut, des mesures plus audacieuses et impopulaires dans l'intérêt général.